Calendrier de l'avent : Jour 6 : Saint Nicolas

Aujourd’hui c’est… la Saint-Nicolas évidemment. Difficile de passer à côté. On en parle partout, au journal et sur les différents réseaux sociaux. J’ai une pensée pour ceux qui malheureusement n’ont pas toujours les moyens d’offrir des cadeaux à leurs enfants.



Pour ma part, quand j’étais petite on voyageait beaucoup. Cela voulait dire qu’on déménageait souvent. Impossible d’avoir beaucoup de jouets et de les transporter d’une adresse à l’autre. Mes jouets devaient rentrer dans une boîte à chaussures. Mes parents n’étaient pas riches, mais je n’ai pas eu l’impression de manquer de quoi que ce soit. Peut-être parce que ma maman rivalisait d’ingénuité pour nous gâter et aussi parce qu’elle m’a appris à apprécier les choses simples et les petits bonheurs de la vie. Une année, pour mes 12 ans, j’ai reçu un pull de marque. C’était un pull rouge avec un fil doré qui donnait des reflets de paillettes dorées. Ça peut paraître futile, mais pour moi c’était le plus beau des cadeaux. Mon imaginaire me faisait dire qu’il y avait des morceaux de lune qui s’étaient pris dedans. J’étais tellement contente de l’avoir que je dormais avec. Pas question de le mettre pour aller à l’école, on avait un uniforme. Impossible aussi de le mettre pour les mouvements de jeunesse ou pour le sport. Bref, il est resté dans mon armoire à l’abri un bon moment. Je me demande où est passé ce pull maintenant.

Sinon, j’ai toujours été émerveillée par les chocolats et les mandarines qui trônaient sur la table de la salle à manger ce jour-là.

Quand mes enfants sont nés, j’ai rivalisé d’imagination pour leur expliquer les faux Saint-Nicolas qui assistaient le vrai. L’humour du vrai Saint-Nicolas qui pouvait très bien être déguisé en assistant de Saint-Nicolas. Le fait que si on arrêtait d’y croire, on risquait de ne plus recevoir de cadeau.

Maintenant, j’ai grandi, je suppose, mais j’espère toujours que Saint-Nicolas aura suffisamment de temps et d’énergie pour se concentrer sur les enfants qui n’ont pas tant de chance dans la vie.


Et vous ? Ça se passe comment la Saint-Nicolas chez vous ? Votre plus beau souvenir ?


Naomi


Nola


Sarah a emmené Nola pour faire sa toilette et s’habiller. Elle a essayé de poser quelques questions, mais sans succès. Elle est de nouveau muette. Lise est partie faire les courses, elle a emmené Carine, Noah et les jumeaux. Mamy Nova les a accompagnés, en renfort. Sarah qui attend la visite du docteur, reste avec Emeline, Églantine et Louis. On est en début d’après-midi. Louis joue dans le jardin. Il fait froid et sec et le soleil qui brille généreusement donne l’impression qu’il fait moins froid. Emeline a descendu une série de poupées et elle explique à Églantine leurs vies tumultueuses. Églantine bercée par la voix de la petite fille s’est assoupie dans son parc au milieu des coussins.

Sarah a placé Nola en face d’elle dans la cuisine et elle essaie de renouer le dialogue.

— Nola, dis-moi, tes parents sont sans doute très inquiets, est-ce que tu sais me dire ton nom de famille ? Elle a pris près d’elle un carnet et de quoi écrire pour prendre des notes pour ne rien oublier. Tu sais où tu habites ? Où tu vas à l’école ?

La petite fille fixe Sarah le regard impassible et le visage toujours sans expression.

Depuis qu’elle l’a fait apparaître, elle garde contre elle le disque argenté.

On sonne à la grille. C’est Alain, le jeune docteur qui vient prendre des nouvelles de Nola.

Sarah l’accueille. Ils se connaissent depuis un certain temps maintenant et il a collaboré avec elle sur de nombreux dossiers. Louis est venu voir qui c’était puis repart en courant continuer ses aventures de super héros dans le jardin.

Alain entre, enlève son manteau et se dirige vers Nola qui est toujours pour lui, Johanna.

— Alors comme va notre petite Johanna ?

— C’est Nola maintenant, lui précise Sarah. Une tasse de café ?

— Oui volontiers. Tu parles maintenant, c’est très bien. Tu veux bien que je t’ausculte.

Nola se laisse faire. Elle sait que cet humain ne lui veut aucun mal.

Sarah le regarde faire et Emeline aussi s’est approchée. Elle agite une Barbie brune habillée en docteur devant les yeux d’Alain et lui explique qu’elle est en fait vétérinaire, car tout le monde sait que Barbie vétérinaire est brune et que Barbie doctoresse est blonde. Alain sourit. Et fais mine de l’ausculter aussi.

Quand il a fini, il demande à Emeline d’emmener Nola jouer avec ses poupées. Emeline attrape la main de Nola et la tire pour qu’elle la rejoigne. Nola saisit son disque qu’elle avait bien voulu poser sur la table et la suit sans opposer de résistance.

Alain se lève de son siège et rejoint près de la cafetière, Sarah qui a le regard inquiet.

— Qu’est ce qu’elle a dit ?

— Son prénom et qu’elle voulait récupérer son bracelet. On dirait que les mots sortent avec difficulté de sa bouche. Comme si ça lui demandait un effort immense pour parler.

— Mmmh, rien d’autre ?

— Non

— Le bracelet, je l’ai vu. C’est la police qui l’a emmené au laboratoire, je crois.

— Je vais les appeler pour le récupérer.

— Espérons que quelqu’un la reconnaisse sur les photos.

— Oui, espérons. De toute façon en attendant elle est la bienvenue ici.

— Et tes autres petits protégés, rien à signaler ?

— Louis a toujours son eczéma. Les séances avec la pédopsychiatre lui font du bien. On doit passer changer les lunettes des jumeaux. Carine va bientôt voler de ses propres ailes, je crois qu’elle va t’appeler pour parler contraception. Quant à Églantine, elle a repris du poids depuis qu’elle est ici et elle dort beaucoup mieux, en fait, elle s’endort n’importe où pourvu qu’il y ait des bruits rassurants et qu’elles entendent nos voix.

— Et toi, Sarah ? Comment vas-tu ?

Sarah sourit un peu gênée par cette question.

— Tout va bien. Tant que les enfants vont bien, je vais bien.

— Tant mieux. Et pour Carine, elle est déjà venue me voir à ce sujet-là l’année dernière. Rassure-toi, on a eu « la discussion ». C’est bien qu’elle me fasse confiance pour ces sujets-là.

Pendant qu’ils discutent, Églantine s’agite dans son sommeil. Elle grimace et manque de se mettre à pleurer. Nola qui est assise près d’elle tend un bras et de sa main, elle touche son pied. Elle ferme les yeux quelques secondes et Églantine se détend, un sourire de contentement apparaît sur son visage. Nola perçoit les paroles et les pensées des humains adultes. Elle perçoit aussi les pensées désordonnées de Louis. Il y a des images irréelles et des flashs effrayants. Elle referme ses yeux un instant… Louis dans le jardin s’arrête brutalement de courir. Une torpeur étrange l’envahit. Il regarde autour de lui, se dirige vers le banc en pierre qui est dans le jardin, se couche de tout son long et s’endort instantanément d’un sommeil sans rêves et surtout sans cauchemars.

— Pourquoi tu parles pas ? Demande Emeline à Nola

« Je parle dans ma tête, c’est vous qui n’écoutez pas »

— Moi je t’entends.

« Oui je sais. Pourquoi y a-t-il un arbre dans la maison ?

— Ça s’appelle un sapin, ça sert à faire plaisir au Père Noël et à mettre des cadeaux en dessous.

“Des cadeaux ?”

— Oui des trucs qu’on demande au Père Noël en lui écrivant une lettre et si on est raisonnable, on a presque à chaque fois ce qu’on a demandé. J’ai demandé une Barbie. T’as demandé quoi toi ?

“Je veux rentrer chez moi”

— C’est où chez toi ?

“Je ne sais pas, je ne me souviens pas… il faut que je récupère mon bracelet.”


— Bon je dois continuer ma tournée, dit Alain en sirotant le fond de sa tasse.

Sarah l’aime bien, mais elle n’ose pas le lui dire. Elle voudrait l’inviter à venir souper avec eux. Elle sait qu’il est seul. C’est ridicule, il va sûrement dire non.

— Dire non à quoi ? Commente Alain.

— Quoi ?

— Tu viens de dire : “C’est ridicule, il va sûrement dire non”

Sarah met sa main sur sa